La désertification et les khettara

Le système de partage de l’eau des Khettara, juste et rationnel, force à l’admiration.

La khettara assure systématiquement le respect et la préservation des conditions écologiques et naturelles

yvette.jpg Yvette Figadère-Suzuki

Des ressources en eau menacées

Face à l’explosion de la demande qui accompagne le formidable essor démographique de notre planète, l’approvisionnement en eau devient chaque jour plus préoccupant, notamment dans les régions arides qui vont du Proche orient à l’Afrique du Nord, qui connaissent une situation de pénurie chronique et/ou un stress hydrique important.

La désertification dans le monde et au Maroc

Le terme « désertification » tel que défini par les Nations Unies, désigne la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et sub-humides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines. Dans le monde :

  • 200 millions de personnes sont affectées par la désertification et 2 milliards menacées.
  • Les terres arables diminuent, c’est l’engrenage aridité, pauvreté, exode, avec des millions de personnes déplacées.
  • Des écosystèmes disparaissent, la biodiversité est menacée.

Au Maroc, les zones arides représentent 77 % du territoire national et les régions sahariennes y occupent à elles seules 60 %. Les régions touchées actuellement par la désertification sont situées au sud d'une ligne Agadir-Ouarzazate-Errachidia. De plus en plus de personnes sont touchées et le pourcentage de pauvres ne cesse d’augmenter.

Les khettara, boucliers contre la désertification

Dans des environnements particulièrement sévères les habitants ont implanté un système d’irrigation ingénieux qui leur a permis de développer des sociétés originales autour de la culture irriguée oasienne. Ce système, appelé « khettara » au Maroc, consiste à capter l’eau des nappes (puits de tête) et à l’amener par gravité jusqu’à l’oasis par une galerie drainante souterraine. Vraisemblablement nées en Perse il y a plus de 3000 ans, les khettara (qanâts en Iran) se retrouvent selon le même principe de fonctionnement jusqu’en Chine à l’est, et jusqu’au Mexique via l’Espagne à l’ouest. Elles ont été introduites au Maroc dans la plaine du Haouz et se sont largement développées dans le Tafilalet. Face à la désertification, les khettaras constituent des zones tampon d’intérêt régional, national et international.

Les khettara au Maroc, dans le Tafilalet

Le Tafilalet est situé au sud-est du Maroc, sur le front de la désertification. Les températures moyennes y sont de l’ordre de 7°C ~ 35°C, les précipitations de 50 mm par an en moyenne. Or, chaque heure, des khettara soutirent plusieurs m³ d’eau souterraine dont le remplacement pluviométrique est manifestement impossible. Elles assurent aussi la continuité oasienne et créent une ambiance bioclimatique (microclimat), favorable à une installation humaine durable. Leur rôle économique est vital dans les secteurs où elles sont encore débitantes et où aucune production agricole ne pourrait se réaliser sans cette technique.

Les khettara et les oasis suscitent depuis peu l’intérêt des organismes internationaux et des gouvernements qui ont reconnu leur utilité face à la désertification, leur rôle fondamental pour le développement durable de la région, pour la lutte contre la désertification, pour le développement humain, pour la protection d’un environnement original et le maintien des agriculteurs dans leurs villages. Ainsi différents opérateurs publics ou privés, nationaux ou internationaux soutiennent les programmes de sauvegarde de ce patrimoine. Notre association s’inscrit dans cette démarche.

Tagged with:
khettara route