Histoire et présentation des khettara

Présentation et route des khettara

La "route des khettara" peut être assimilée à la "route de la soie". Partout où l'on trouve des khettara, sous un nom différent selon les régions ou les pays, ce sont les mêmes types de sociétés qui se sont développées autour de la gestion de l'eau. Les khettara doivent être protégées.

yvette.jpg Yvette Figadère-Suzuki

Histoire et route des Khettara :

Il est communément admis que les Khettara sont nées en Perse antique il y a plus de 3000 ans et qu'elles auraient été introduites au Maroc par les arabes lors de leur conquête du Maghreb.

D'après J.M. Solignac, il est un fait que leur origine remonte à l'antiquité reculée puisqu'on en trouve déjà la mention au Vème siècle av. J.C. dans Hérode (Melpomène 120). On possède également, grâce aux narrations de Polybe, des renseignements détaillés sur les khettaras de la Perse du IIIème et IIème siècle av. J.C. Par ailleurs, plusieurs écrits historiques affirment que ce système est une pure création des habitants de l'Afrique du Nord "Imazighen" (Malika Hached - Les premiers Berbères). Les recherches archéologiques, historiques et ethnologiques nous éclaireront peut-être un jour, mais ce qui est certain c'est que de la Perse à la Chine ou à l’Occident, elles existent selon le même principe de fonctionnement bien que sous différentes appellations.

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En Afghanistan on les appelle "Kiraz", en Iran "Quanat", en Algérie on les nomme "Fouggara" au Maroc "Khettara", au Yemen "Aflaj", en Chine "Karez" en Syrie "Kanawat", en Espagne.

Présentation technique

La khettara est une galerie drainante qui amène l'eau de la nappe phréatique à la surface du sol, par gravité. La sortie de la Khettara se situe toujours au village (vu la maîtrise du nivellement). La conduite souterraine est accompagnée sur le sol par des puits d’aération qui servent aussi de points d'épuration.

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La khettara est composée:

  • d'une galerie qui assure le drainage et le captage des eau.
  • d'une partie adductrice, laquelle assure le transport des eaux drainées vers le périmètre d'irrigation.
  • d'une tête morte pour acheminer l'eau vers les parcelles via des canaux alimentant les prises appelées localement "Mesraf".
  • La longueur d'une Khettara peut aller de quelques centaines de mètres à une vingtaine de kilomètres. Ceci est fonction du gradient hydraulique, de la pente du sol et du niveau piézométrique de la nappe.
  • La largeur de la galerie est dimensionnée de manière à permettre le curage et le nettoyage manuellement. Quant à la profondeur des puisards en tête, elle varie entre 10 à 20 m.
  • La distance entre deux puisards consécutifs est fonction de la stabilité des terrains traversés, elle varie entre 10 et 30 m.
  • Les débits sont certes différents selon les zones. Ils oscillent entre 2 à 20l/s. C’est peu mais en fait dans le sud marocain, où le débit moyen des khettaras est de 6,5 litres par seconde, elles produisent plus d’eau que le barrage Hassan Addkhil.

La gestion de l’eau des khettara

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Certains modes de gestion traditionnels subsistent mais ont tendance à disparaître peu à peu du fait de la déstructuration de la société mais également parfois du fait de la transformation radicale de certains périmètres.

Or dans les collectivités traditionnelles, évoquer la gestion de l'eau c’est évoquer toute la société. Evoquer les khettaras c’est évoquer la source de vie et la raison d’être des agglomérations villageoises et des organisations qui sont faites pour et par ses systèmes.

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La gestion de l'eau des Khettara obéit à des normes coutumières de répartition appelées "droit d'eau"; c'est le volume des travaux fournis par usager lors de l'édification de la Khettara. Ce volume de travail est converti en parts, dont l'unité est appelée "Frida", correspondant à un certain nombre d’heures d'irrigation durant laquelle le ou les propriétaires, détenteurs de parts, bénéficient de la totalité du débit de la khettara. Ce sont ces règles qui continuent à régir actuellement la fourniture des prestations d'entretien et de la maintenance de la ressource. Ce sont les droits d’eau qui ont constitué la société villageoise des oasis telle qu'elle existe encore aujourd'hui.

Le système de partage de l’eau des khettaras, juste et rationnel, force à l’admiration.

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