Sauver les oasis !

Martin PIQUE

On le sait, Tuvalu, un archipel océanien situé dans l’océan Pacifique, va probablement être le premier pays à « disparaître », rayé de la planète. D’ici à 50 ans, d’après les scientifiques, le réchauffement climatique planétaire provoquera la montée progressive des eaux de l’océan.
C'est dans ce contexte climatique que l’association L’Eau du Désert a été créée, car l’avancée du désert du Sahara sur sa frange septentrionale, nous préoccupe. Cette avancée est synonyme d’accentuation du changement climatique global pour différentes raisons : une augmentation de l’albedo, cette réflexion solaire sur les surfaces réfléchissantes du sol de la planète, une diminution de la biodiversité, une rétractation des surfaces de sol fertiles, utiles pour leur potentiel agricole, mais également pour leur capacité à piéger le CO2 atmosphérique, lui-même source d’effet de serre…
On voit que les oasis à khettara marocaines, par leur résilience, constituent jusqu’à présent d’efficaces obstacles à la désertification. Mais ces fragiles écrins, réceptacles d’un improbable équilibre entre règnes minéral, animal et végétal, sont aujourd’hui en voie de disparition…
Et il y a bien d'autres raisons à vouloir freiner la lente disparition de ces palmeraies :
Ce sont d'abord des objets d’étude riches en enseignements. L’agroforesterie, par exemple, qui consiste à associer des cultures de légumes dans des jardins à étages ombragés. Cette pratique ancestrale, est considérée par beaucoup d’agronomes comme une des clés pour obtenir de significatifs gains de productivité agricole dans les écosystèmes cultivés.
Elles nous donnent également des informations précieuses sur la place que peut occuper l’Homme dans un système en équilibre : quand on visite une palmeraie vivante, on est frappé de voir comment l’Homme a su y construire un système tout à la fois productif mais aussi respectueux de l’agro-système cultivé support.
Elles abritent de plus des populations qui ne demandent qu'à rester vivre chez elles, tout comme les Tuvaliens. Pour ne pas grossir les rangs des immigrés de l’intérieur, qui s’amassent dans des agglomérations bientôt hypertrophiées comme Marrakech, -qui frise le million d’habitants-, mais aussi maintenant Agadir, - qui en abrite déjà plus d’un demi-million-, pour ne citer qu’elles !
Enfin, elles constituent un patrimoine touristique d’une richesse insoupçonnée, source de devises non négligeable pour l’Etat marocain.
Voilà pourquoi l’action de l’Eau du Désert dans le Tafilalet a été reconnue par le gouvernement marocain, conscient de la nécessité de maintenir ce patrimoine en péril, par le biais du POT (Programme Oasis Tafilalt), qui œuvre pour la sauvegarde de ses oasis, mais aussi par des institutions internationales comme le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), au travers de son Fonds pour l’Environnement Mondial ou encore l'ANDZOA Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l'arganier).